INUKA "Relève toi et progresse" / EALE

République démocratique du Congo
2012 - Permanent
Droits de l'enfant, Education, Habitat
Appui communautaire à la réinsertion socioéconomique de jeunes filles et leur fratrie dans l’est de la RDC

Project Content and comments

Description

La finalité du projet INUKA (signifiant « relève toi et progresse ») est de contribuer à la promotion de la paix et la réconciliation nationale dans la région des Grands Lacs – Goma / Nord Kivu. Concrètement, le projet a pour objectif la réinsertion familiale et l’intégration communautaire des jeunes filles vulnérables et leurs fratries, en vue de leur autonomisation. L’amélioration des conditions de vie, la réconciliation familiale et la promotion de l’intégration communautaire sont sensés contribuer à promouvoir la paix dans la région. Projet de développement à vocation durable, Inuka est basé sur une approche innovante, issue d’une collaboration Sud-Sud avec la Maison Shalom du Burundi qui a contribué, depuis 1993, à la réinsertion de milliers d’enfants victimes de conflits armés et de la misère.

 

Contexte

Le projet INUKA se déroule dans un contexte d’instabilité sécuritaire. Les guerres civiles et interethniques dont est victime la région, privent des milliers d’enfants de leurs droits les plus essentiels.

Depuis de trop nombreuses années, la province du Kivu connaît l’existence de groupes armés qui en perturbent la sécurité. Ce conflit armé qui perdure a entraîné des mouvements massifs des populations et d’énormes pertes en vies humaines. Beaucoup d’enfants non accompagnés se sont trouvés ainsi séparés de leurs parents. La situation de guerre et d’insécurité s’est accentuée durant l’année 2012. Aujourd’hui, même si le dicours ambiant commence à parler de « stabilité retrouvée », la situation reste très précaire et le quotidien ressemble davantage à une lutte pour survivre.

La paix est au centre du développement. Eduquer les jeunes dans la construction de la paix est une bonne chose, mais leur apprendre à vivre en paix avec eux-mêmes d’abord et avec les autres ensuite est encore mieux.

Depuis le lancement du projet pilote en 2006, les différentes parties prenantes, l’ONG Enfance Tiers Monde, les asbl En Avant les Enfants Belgique et Congo et les deux bailleurs de fonds principaux, la Fondation JFP et la DGD (Direction Générale de Coopération au Développement) collaborent de façon étroite.

 

Durée & Localisation

Le projet se réalise dans la région du Nord-Kivu et concerne plusieurs villes de l’est de la RDC dont, principalement, la ville de Goma.

INUKA a bénéficié, de 2006 à 2013, de différents financements du Gouvernement belge au titre de la diplomatie préventive et de la coopération au développement. Le financement de la Fondation JFP accompagne le projet depuis son début et se poursuit en 2014. Il s’agit, on le voit, d’une action s’inscrivant dans la durée.

 

Bénéficiaires

Les bénéficiaires du projet INUKA sont des filles vulnérables abandonnées, rejetées par la famille, déplacées ou orphelines, ainsi que leurs fratries. Le plus souvent, ces enfants ont été identifiés dans les rues, les quartiers populaires, dans les camps de déplacés ou ont été référés par les structures, organisations et agences partenaires, en l’occurrence le CICR, JRS (Jesuit Refugees Services), la PSPEF (agence du PNUD pour la protection de la femme et de l’enfant), Alpha Ujuvi (Ong confessionnelle spécialisée notamment dans l’alphabétisation).

 

Réalisations et résultats

Comme la famille reste l’unité fondamentale par excellence où l’enfant vit, grandit et développe sa personnalité, la priorité est donnée à cette vie familiale. Quand la famille de l’enfant est retrouvée, ce dernier est réinséré soit dans sa famille souvent élargie (chez l’oncle, la tante ou les grands-parents), soit dans un foyer d’accueil (parrain ou marraine de baptême, voisin ou ami de la famille de l’enfant). Les jeunes filles et leurs fratries sont préparées à devenir autonomes avant d’être réinsérées et intégrées dans le tissu social communautaire.

Pour garantir la durabilité de la réinsertion, les familles d’accueil ou les communautés bénéficient de soutiens matériels (réhabilitation de l’habitat, appui en matériel aratoire et appui en kits d’installation) en vue non seulement de redynamiser leur cadre de vie, mais aussi de consolider les liens communautaires.

Malgré le travail dans un contexte extrêmement difficile, voir dangereux, les résultats atteints depuis le début du projet sont remarquables : quelque 754 filles et garçons ont été réinsérés, 15 429 enfants ont bénéficié d’un soutien scolaire et 581 ménages ont une habitation améliorée. De plus, 6 000 jeunes ont été formés « A l’école de la Paix » et 35 000 jeunes ont bénéficié de sensibilisation à la Paix et la cohabitation pacifique par l’équipe et les 74 animateurs à la Paix formés à cette fin.

 

Partenaire

Les ASBL « En Avant Les Enfants » (EALE)/ Congo et EALE/Belgique sont les deux partenaires bénéficiant de l’appui de la Fondation JFP. Créée en 1994, EALE œuvre sans relâche au nord Kivu, à l’est de la RDC, et y soutient 9 projets d’aide en faveur de la population victime de la guerre et de ses conséquences, afin de les aider à se (re)bâtir une vie.

 

Témoignage du personnel d’INUKA

Les jeunes filles vulnérables accueillies et prises en charge à INUKA se disent heureuses de retrouver un cadre où il fait bon vivre, un cadre d’épanouissement et de protection. Les différents apprentissages qu’ils y acquièrent les préparent à l’autonomisation.

Les parents et autres visiteurs apprécient l’emplacement, la construction, la nature du travail qui est réalisé en faveur des jeunes filles et leurs fratries. 

Le personnel employé par EALE est satisfait de conditions qui lui sont offertes pour le travail à mener pour l’intérêt supérieur des enfants.

Les bénéficiaires des maisons construites pour les fratries (ou les familles) à Kibwe sont à l’abri des intempéries et utilisent des toilettes bien construites, permettant de prévenir les maladies. Ils se disent valorisés dans la société et le fait d’avoir acquis un abri sûr leur a permis de recréer la cohésion familiale.

Deborah, 21 ans, jeune femme réinsérée, témoigne :

Je m’appelle Déborah SALAMA ; je suis âgée de 21 ans, originaire de KARUBA, bourgade située à environ  60 km de la ville Goma/ RD Congo.

Je vivais à Karuba avec mes parents. Lors de la « guerre des rebelles » en 2007, j’ai fui les affrontements avec mes parents à destination de Goma. Quand il y a eu des tirs et des bombes, je me suis égarée et j’ai perdu mes parents de vue. J’ai  suivi les autres personnes de chez nous jusqu’au camp des déplacés « Bulengo » à Goma. Etant donné que je vivais seule dans le camp, sans abris ni personne pour me venir en aide, il m’arrivait de passer la nuit le ventre creux alors que les autres enfants déplacés qui y étaient avec leurs parents trouvaient à manger. C’est de là que les assistants sociaux d’INUKA m’ont recueillie pour m’amener au centre de transit.

J’ai bénéficié d’une prise en charge à INUKA durant 2 ans, d’octobre 2007 à juillet 2009. Comme je n’avais jamais fréquenté l’école, je ne savais ni lire, ni écrire. Durant mon séjour à INUKA, j’ai bénéficié d’une formation en alphabétisation de la part des éducatrices de INUKA d’abord et ensuite j’ai été référée dans un centre de récupération scolaire et de formation en coupe et couture.

J’ai été réinsérée dans ma famille à Karuba en 2009. Au jour d’aujourd’hui grâce à des formations suivies durant mon séjour à INUKA, je suis devenue une grande couturière dans mon village. Je gagne 30 USD par mois. Je donne 15 USD à mes parents pour les appuyer dans la prise en charge de mes jeunes frères et sœurs pour les besoins primaires de la famille, et j’utilise les  15 USD restants pour mes besoins personnels.

A travers cette activité, j’ai déjà acheté une table, un fer à repasser, et j’ai loué un champ que ma famille et moi cultivons ; nous y mettons différentes cultures comme des haricots et du maïs. A la récolte nous vendons une partie et une autre partie nous sert à manger. Ce que j’ai appris à INUKA m’a rendue utile dans la société. Je ne savais ni lire, ni écrire mais aujourd’hui j’apprends à d’autres jeunes filles mon savoir-faire.

Pour l’avenir, je compte acheter un champ pour ma famille et après je pourrai développer mon activité en ouvrant un grand atelier de couture dans mon village.

Roseline, 14 ans, victime de violence sexuelles, témoigne :

Je suis une jeune fille âgée de 14 ans, j’ai été victime de violences sexuelles par des hommes en uniforme non identifiés dans mon village d’origine. Cela étant, je n’étais jamais tranquille et me sentais insécurisée dans mon village. A part cela, j’étais discriminée dans ma communauté.

Accueillie à INUKA depuis le mois de Juin 2012, je n’acceptais pas la réalité de ma situation. J’ai été beaucoup de fois approchée par les membres de l’équipe INUKA et me suis sentie considérée. Aucun enfant ne connaît mon histoire et je vis en harmonie avec tous les enfants et le personnel d’INUKA. Je participe aux travaux ménagers comme tous les autres enfants. Partant des entretiens avec le personnel INUKA, je me suis rendue compte que malgré mon passé, je peux faire de mon avenir un paradis. J’ai de l’espoir pour un avenir meilleur. Présentement, je me sens très épanouie car j’ai été inscrite par INUKA dans un centre de formation professionnelle en  coupe et couture. Je suis très fière de cette formation quand je vois les ouvrages que je produis. Je suis contente de vivre avec les autres sans être discriminée. Mon oncle paternel vient souvent me rendre visite. Lors des derniers entretiens avec lui, ce dernier m’a montré une tante paternelle qui a déménagé pour Goma. Ma tante et mon père ont convenu qu’après ma réinsertion dans ma famille biologique, je reviendrai vivre à Goma chez ma tante pour ne plus être frustrée dans mon village d’origine.

Providence, 13 ans, témoigne de la vie au sein du centre INUKA

Je m’appelle Providence, j’ai 13 ans, je suis originaire de Masisi (kilolirwe) ; mes deux parents sont encore en vie mais ma mère Tabu est une folle. Mes parents sont séparés. Ma mère vagabonde avec mes deux autres petites sœurs. Nous sommes 3 dans notre famille, toutes des filles. Vu les troubles mentaux de notre mère, la famille de mon père a cherché à nous séparer d’elle.

Du coté de mon père, une de mes tantes paternelles, Mme Marceline qui se souciait de nous, m’avait récupérée et amenée à Goma pour des soins de santé. Trois mois après, Mme Marceline a commencé à me maltraiter jusqu'à ce que j’ai eu des plaies sur tout mon corps suite à des tortures. Grâce aux voisins qui avaient pitié de moi, j’avais été présentée aux agents d’INUKA actifs sur terrain. Ils m’avaient écoutée, et avaient décidé de me récupérer pour être hébergée au centre de transit INUKA à partir de 2008. C’est ainsi que j’ai été sauvée et aujourd’hui, je remercie les encadreurs d’INUKA et les voisins de ma tante. Le projet  INUKA m’a appris à pardonner, à organiser une maison, à gérer un petit budget et de plus, je suis scolarisée et je fréquente présentement la 4ème année primaire.

A vous autres jeunes filles, ne vous enfermez pas sur vous-même car il y a des gens qui peuvent vous écouter et s’occuper de vos problèmes pour vous orienter dans la vie future. Vraiment le centre INUKA est unique dans la ville de Goma comme centre d’encadrement, de prise en charge, de réconciliation et de recherches familiales pour les jeunes filles.